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2-915640-15-7 |
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CULPABILIS SPECTATOR 12.00 € - 5 |
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11.40 |
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B]Culpabilis spectator
Le théâtre c’est une rencontre de constructions. Construction d’un lieu, construction d’une œuvre d’art et quand les deux fusionnent au moment de la représentation, la construction de l’esprit pour le comédien qui porte un texte et pour le spectateur qui lui porte son attention.
Le théâtre c’est un univers à part, en bordure extérieure, qui renvoie l’individu à sa réflexion pour comprendre l’envers du décor de l’univers intérieur dans lequel il circule, dans lequel on le fait circuler. On parle de spectacle vivant comme pour mieux se convaincre peut-être qu’il ne pourra jamais mourir. Mais la mort peut également avoir plusieurs constructions. Que le théâtre vienne à trop en dire – puisque la culture suppose l’émancipation – et il conviendra de l’enfermer dans son verbe… Ceux qui cherchent à rendre le théâtre au peuple* pour qu’il se réveille, on peut les laisser faire du moment qu’ils font sans pouvoir. Entre l’affirmation d’un droit (comme la liberté d’expression par exemple) et l’exercice de celui-ci, il est facile de creuser un fossé de contraintes juridiques dans la plus parfaite des transparences démocratiques (qui s’est déjà enfoncé dans la lecture d’un journal officiel est capable d’en sonder la profondeur). D’autant plus facile que le peuple ne lit plus mais se saoule d’images télévisées glorifiant la niaiserie, la cupidité et la relation commerciale.
Le théâtre n’y a d’ailleurs sa place qu’en commerçant comme il se doit. N’importe quel auteur est enfilable aux heures de grande écoute si il peut rentablement être pris en sandwich dans les démarches mercatiques des grands annonceurs.
Triste spectacle pour le coup que la reculade d’un art racine de tant d’autres… Pourtant, malgré ce constat, le théâtre reste vivant, encore vivant, en recherche de sa moitié, de son spectateur miroir. Et parce qu’il est toujours debout, il est toujours dangereux pour qui voie en lui un fléau, un virus, une contamination subversive de l’esprit.
Dans une société aux valeurs délicates comme la notre, il est facile d’imaginer le pire… démocratiquement. Imaginer un théâtre dont le cerveau ne répondrait plus, vivant à l’état végétatif qu’on ne débrancherait pas parce que l’euthanasie y resterait proscrite. Un théâtre de façade accepté comme tel, voulu et désiré comme tel dans lequel l’œuvre d’art n’aurait plus son mot à dire dans la mesure où son destinataire serait pénalement coupable d’aller vers elle. Culpabilis spectator est au théâtre ce que la parodie est à la justice quand la fiction rejoint la réalité. Pièce de théâtre imaginant un théâtre moribond, justice rendue au nom de l’injustice puisque les mots se manipulent dans l’interprétation d’un texte légal ou d’une œuvre de l’esprit à défaut d’être une œuvre d’art parce que, là encore, l’interprétation à son rôle à jouer dans la critique.
* J’entends par là ces personnes simples qui viennent et s’en vont dans l’histoire sans qu’on la leur laisse le plus souvent l’écrire et quand ils viennent à le faire, on s’arrange alors toujours pour leur enlever la plume et la remettre dans les mains d’une avant-garde quelconque chargée d’affiner la rédaction .
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